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Entretien
Bonjour Stéphanie, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?
Bonjour ! Je suis bretonne, mon mari est auvergnat et nous vivons à Madrid depuis 2006. Nous avons une fille et deux garçons de 10, 13 et 15 ans. Je travaille en conseil financier et accompagne les investisseurs sur des rachats et cessions d’entreprises. Depuis 2021, je suis conseillère des Français de l’étranger de la circonscription de Madrid et conseillère à l’Assemblée des Français de l’étranger pour la péninsule ibérique.
Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivé à t’engager en politique et particulièrement pour les Français établis à l’étranger ?
Comme beaucoup de marcheurs, mon « réveil » politique a d’abord sonné en 2017, à un moment où les partis traditionnels s’effaçaient au profit d’idéologies plus radicales ; j’adhérais à la proposition centriste d’Emmanuel MACRON. J’étais alors impliquée depuis plusieurs années auprès de la communauté française, comme représentante de parents d’élèves du lycée français de Madrid et comme membre du conseil d’administration de l’Œuvre St Louis des Français. En 2021, le mandat de conseillère des Français de l’étranger m’a donné des leviers supplémentaires pour mener à bien les actions en faveur des Français.
Que trouves-tu le plus satisfaisant dans ton quotidien d’élue ? Et au contraire, ressens-tu des frustrations particulières dans l’exercice de ton mandat ?
J’ai maintenant dépassé mes frustrations de début de mandat, en identifiant ce qui était faisable ou pas (les « batailles perdues d’avance ») et en sachant mettre mon énergie sur les initiatives utiles, bref en apprenant à prioriser. J’aime cette fonction d’élue et évoluer dans un milieu où les règles du jeu diffèrent de celles des secteurs associatif et privé. Il faut gérer des retournements de situation impromptus et fréquents, des personnalités parfois hautes en couleurs, être capable de conserver ses convictions tout en cherchant le compromis pour fédérer et atteindre ses objectifs.
As-tu une anecdote précise à nous partager sur tes missions en tant qu’élue des Français de l’étranger ? Sur la manière dont tu aides régulièrement nos concitoyens par exemple.
Les sollicitations habituelles tournent autour des lycées français et des formalités administratives. D’autres sollicitations sont plus « exotiques » : j’ai en tête une savoyarde qui m’appelle à la rescousse pour lever le blocage du compte bancaire en France de sa fille qui réside à Dubaï, ou encore, le cas d’une parisienne qui souhaite apporter la preuve que ses ancêtres juifs ont bien été chassés d’Espagne au XVIe siècle, afin d’obtenir la nationalité espagnole. Trouver le bon interlocuteur pour accéder aux archives de l’Inquisition n’est pas évident ! Il y a, selon moi, plusieurs façons de procurer une aide : i) en fournissant les informations adéquates, ii) en agissant comme intermédiaire auprès des administrations, associations ou d’autres élus, iii) et enfin en militant/faisant du lobbying auprès de nos parlementaires et de l’administration pour apporter des solutions définitives et pérennes à des problèmes répétés.
Comment travailles-tu avec les représentants politiques de ton territoire, tels que les députés et sénateurs des Français de l’étranger, pour coordonner vos actions ?
Le dialogue avec les parlementaires de la majorité présidentielle est fluide et ouvert, en particulier avec Nathalie COGGIA (la députée de notre circonscription), Stéphane VOJETTA (ex-député) et Samantha CAZEBONNE (notre sénatrice). Nous échangeons régulièrement et tâchons de coordonner nos actions. Je côtoie également les parlementaires d’autres partis qui sont aussi réceptifs.
Les associations locales jouent souvent un rôle clé dans l’animation de la vie française à l’étranger. Comment travailles-tu quotidiennement avec elles ?
Oui, c’est exact. Elles sont souvent implantées de longue date, connaissent très bien le tissu local, font preuve d’une grande adaptabilité et imagination pour tirer profit de moyens restreints. Avec mes collègues élus, nous appuyons leurs demandes de financement (voire les aidons à les formuler) et soutenons leurs événements. Par ailleurs, je reste impliquée au sein d’une association de parents d’élèves, avec la mise en œuvre d’une plateforme culturelle, éducative et citoyenne, « Scolidaires.org », que nous présenterons bientôt aux familles.
Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ? Quelles sont tes priorités pour la suite de ton mandat ?
Au-delà des premiers défis concernant l’installation en Espagne (logement, emploi, etc), les gros enjeux sont administratifs et éducatifs.
Côté formalités et obtention des passeports/cartes d’identité, après deux années d’encombrement sans précédent des services consulaires et de sensibilisation de la DFAE à Paris par mes collègues et moi, l’administration centrale parisienne a simplifié les procédures et réorganisé les services. C’est un grand succès : en atteste une baisse drastique des doléances ! Il reste à présent à i) optimiser les tournées consulaires pour qu’un maximum de Français éloignés du poste y aient accès et à ii) informer nos concitoyens sur le panel de démarches gérables à distance grâce à France Identité / l’Identité Numérique de la Poste. Ce sera alors un grand pas en avant.
Côté éducation, il y a beaucoup à faire pour permettre aux Français de garder le lien avec la langue et la culture françaises. L’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) travaille sur l’attractivité du réseau. Cela passe, à mon avis, par une amélioration du rapport qualité/prix. Pour améliorer la qualité, un changement de culture doit s’opérer avec une attention portée à la « satisfaction clients » (plutôt qu’au « service usager »), comme savent bien le faire les écoles privées anglo-saxonnes avec qui nous sommes en concurrence. Il faut aussi contenir les frais de scolarité et pour ce faire, donner une autonomie financière accrue à nos établissements afin de les encourager à la bonne gestion et éviter les dérapages coûteux des projets immobiliers. C’est tout l’enjeu de la réforme en cours.
C’est sur ces points précis que je souhaite me concentrer.
Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives tu penses et dont la France devrait davantage s’inspirer ?
Les grandes différences qui me viennent à l’esprit concernent :
Le vivre-ensemble et la solidarité intergénérationnelle qui assurent un ciment social et sont plus prégnants qu’en France ;
L’efficacité de l’administration espagnole et de son système de santé.
D’ailleurs, que penses-tu de la situation politique actuellement en France ?
Cette situation peu commode peut être utile si les membres du gouvernement et parlementaires parviennent à s’affranchir des querelles politiques perpétuelles pour trouver des compromis et former des coalitions, comme savent le faire d’autres démocraties européennes, pour faire avancer notre pays. J’attends aussi des représentants politiques qu’ils privilégient le travail de fond, modèrent l’usage des réseaux sociaux et gardent un langage courtois. Je crois que l’image de la classe politique aurait beaucoup à y gagner.
Enfin, en tant que Français de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ?
Ce n’est pas très compliqué ! Je voyage 2 semaines par an à Paris à l’Assemblée des Français de l’étranger, lis la presse française, travaille en partie avec des métropolitains. Nous passons aussi une bonne partie de nos vacances en famille en France. C’est plus facile quand on est voisin !